Photo Synthesis

photo- (préfixe) : produit par la lumière
synthèse (nom) : production d’une substance à partir de matériaux plus simples après une réaction chimique

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Presque tout ce que nous voyons autour de nous ne pourrait exister sans la lumière. La photosynthèse, processus qui voit les plantes vertes exploiter l’énergie lumineuse du soleil pour fabriquer des glucides, est à la base de toute vie sur Terre. “Photo Synthesis” est une réflexion photographique sur notre création – l’incroyable transformation de la lumière en matière.

6CO2 + 6H2O → C6H12O6 + 6O2

Lors de la photosynthèse, la chlorophylle des feuilles des plantes absorbe les photons, particules fondamentales de l’énergie lumineuse. Seules les longueurs d’onde rouges et bleues du spectre de la lumière est utilisée : comme les plantes ne peuvent pas utiliser la lumière verte, elles la réfléchissent, donnant leur couleur aux feuilles. Chaque photon déclenche une chaîne de transferts de particules : les molécules d’eau, aspirées du sol, perdent des électrons pour se transformer en oxygène ; les molécules de dioxyde de carbone, dans l’air, gagnent des électrons pour se transformer en glucides, le glucose. Ce glucose fournit l’énergie nécessaire à la croissance de la plante, aux animaux qui mangent cette plante et aux animaux qui mangent ces animaux, et cela, tout au long de la chaîne alimentaire. La science explique largement la photosynthèse et des progrès dans les connaissances sont régulièrement faites (en 2020, des scientifiques travaillant pour le Département Américain de l’Energie ont fait une découverte unique dans la compréhension du transfert initial des électrons). Pourtant, une part de mystère demeure au cœur du processus.

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Close-up of leaf and blurry autumn colours

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Il y a quelques années, j’ai commencé à explorer la rive enchevêtrée et boisée de la rivière Lot dans le sud-ouest de la France. J’ai choisi de réaliser ces images en automne, lorsque la croissance arrive à sa fin. Les feuilles, dont le travail de photosynthèse est terminé, deviennent dorées avant ensuite de tomber – manifestations alléchantes de la lumière dont elles se sont repues. Les troncs et les branches des arbres se montrent comme des incarnations visibles et solides de la lumière faite matière. L’énergie, prise dans le cycle de la vie, pénètre l’eau et la terre ; nourrit la vie et sa décomposition.

J’ai réalisé les photographies au crépuscule, entre lumières et ombres. Une fois le soleil couché, les plantes ne réalisent plus de photosynthèse et métabolisent la nourriture fabriquée pendant la journée. Durant la brève pause avant la tombée de la nuit, les ombres sont douces et des structures plus sombres se révèlent à nos yeux. J’ai utilisé un appareil photographique argentique en bois de 5 x 4 pouces : les cristaux d’halogénure d’argent dans chaque feuille de film se transforment en argent métallique lors de leur exposition à la lumière, faisant écho à la transformation des molécules lors de la photosynthèse.

J’ai choisi d’imprimer les photographies sur de grands panneaux d’aluminium en utilisant les technologies d’encre UV. Grâce aux qualités réfléchissantes de la surface métallique brossée, lorsque nous changeons de point de visualisation, l’apparence de l’image change. Nous participons alors à l’interaction de la lumière avec la scène et pouvons contenmpler la relation entre la lumière et l’environnement naturel. Présenter des sujets organiques sur du métal – un matériau paradoxalement immobile et apparemment inanimé – nous incite aussi à considérer qu’une certaine vitalité peut être présente dans toute la matière qui nous entoure.

Au niveau subatomique, les métaux ne sont pas immobiles et sans vie, mais en mouvement constant. Les panneaux en aluminium manufacturés ont tendance à ne pas être considérés comme des produits naturels, mais leur existence n’est rendue possible que grâce à l’énergie créée par la synthèse des plantes de la matière à partir de la lumière et des cycles qui suivent. Dans un contexte d’inquiétude face au réchauffement climatique et d’une prise de conscience environnementale accrue depuis la pandémie de Covid, une proposition écologique de la “vie” dans tout, pour contrer les réflexes narcissiques de la pensée humaine et la prédominance de ce que nous considérons comme “vivant” sur le “non-vivant” question, est peut-être opportun.

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Pourquoi prôner la vitalité de la matière ? Car mon pressentiment est que l’image de la matière morte ou profondément instrumentalisée nourrit nos fantasmes destructeurs de conquête et de consommation. Il le fait en nous empêchant de détecter une gamme plus complète de pouvoirs non-humains circulant autour et à l’intérieur des corps humains. Ces puissances matérielles… appellent notre attention, voire du « respect »… La figure d’une matière intrinsèquement inanimée peut être l’un des freins à l’émergence de modes de production et de consommation plus écologiques et plus durables matériellement.”

[Jane Bennett, “Matière Vibrante : Une Ecologie Politique des Choses”, 2010]

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Rebecca Marshall est une photographe britannique basée dans le sud de la France. Ses portraits et reportages sont régulièrement commandés par des clients tels que le New York Times, le magazine Sunday Times et Die Zeit. Elle est représentée par l’agence Laif. Parallèlement, sa pratique artistique évolutive explore notre rapport au paysage et son travail a été présenté au Fotofestival à Nuremberg (exposition personnelle, 2021), au BJP OpenWalls à Arles (finaliste, 2019) et à Postcards from Europe, Université de Cambridge (en cours).