Photo Synthesis

photo- (préfixe) : produit par la lumière
synthèse (nom) : formation d’un tout matériel au moyen d’éléments

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Au début, il y avait la lumière…

Les plantes vertes ont évolué pour exploiter la lumière du soleil afin de se nourrir, grâce au processus de photosynthèse. L’énergie qu’elles créent, issue du soleil, soutient toute la vie sur terre.

Pendant la journée, la chlorophylle, qui se trouve dans les feuilles des plantes vertes, absorbe les photons, particules fondamentales de l’énergie lumineuse. Ceux-ci alimentent à leur tour une série de réactions chimiques qui, à partir des matières premières que sont l’eau et le dioxyde de carbone, produisent des molécules de glucose. La nuit, lorsque la photosynthèse n’est pas possible, les plantes utilisent ce glucose pour se développer. Les nutriments formés, à la fois en vie et en décomposition, sont consommés par les insectes, les animaux et d’autres plantes, transportant cette énergie tout au long de la chaîne alimentaire. Ainsi, nous sommes tous liés à une incroyable alchimie, dont les plantes vertes détiennent le secret : la fixation de la lumière impalpable pour créer des écosystèmes vivants. Si la science explique déjà largement la photosynthèse, elle n’a pas encore résolu tous ses mystères.

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Close-up of leaf and blurry autumn colours___

Ma fascination pour la science et la poésie des processus naturels m’a conduit à réaliser “Photo Synthesis”, une réflexion photographique sur cette transformation de la lumière en matière. Comme dans la chlorophylle des feuilles, les molécules du film photographique, lorsqu’elles sont exposées à la lumière, se transforment, donnant naissance à une image. On peut imaginer la forêt comme une surface photosensible : les feuilles individuelles agissent comme les cristaux d’halogénure d’argent du film photographique, chacune enregistrant l’exposition à la lumière du soleil. À l’intérieur de ces photographies vivantes, on observe couche après couche – la plante et l’eau, la branche, la feuille et la terre -, des espaces où les éléments éphémères se matérialisent aussi magnifiquement que dans les processus de la photosynthèse elle-même.

J’ai choisi de travailler au crépuscule, avec une chambre photographique grand-format en bois, sur les rives du Lot, dans le sud-ouest de la France. Le moment de pause entre la capture de la lumière du soleil et la fabrication nocturne de la matière m’intriguait. En automne, les jaunes et les ocres, manifestations visibles de la lumière que les feuilles ont absorbée pendant la période de croissance, marquent le retournement des énergies des plantes vers la terre. A cette époque de l’année, les corps des arbres se révèlent, montrant les résultats tangibles de leur alchimie.

L’énergie produite par la photosynthèse, en passant par les feuilles, les racines et le sol, transporte la lumière du soleil dans l’obscurité, pour la stocker, prête pour une nouvelle croissance au printemps. Le cycle de la vie reprend. La lumière revient.

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Imprimés sur de grands panneaux d’aluminium à l’encre UV, les clichés prennent une apparence changeante, laissant place cette fois à l’interaction entre le spectateur/la spectatrice, la lumière ambiante, et le cliché du photographe. Présenter ces sujets organiques sur métal – matériau paradoxalement immobile et apparemment inanimé – remet ainsi en jeu l’importance de la lumière ainsi que la vitalité présente dans toute la matière qui nous entoure.

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Rebecca Marshall est une photographe britannique basée dans le sud de la France. Sa pratique artistique évolutive explore notre rapport au paysage et son travail a été présenté au Fotofestival à Nuremberg (exposition personnelle, 2021), au BJP OpenWalls à Arles (finaliste, 2019) et à Postcards from Europe, Université de Cambridge (2022). Parallèlement, ses portraits et reportages sont régulièrement commandés par des clients tels que le New York Times, le magazine Sunday Times et Die Zeit. Elle est représentée par l’agence Laif.